Du 17 au 20 mars 2026, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a accueilli la 14e édition du Printemps de l’économie, qui avait pour thème cette année « Le temps des rapports de force ». Cette rencontre a réuni des experts, des scientifiques et des décideurs pour discuter des défis contemporains auxquels fait face notre monde.
Session Inaugurale
Ouverture de la 14ème édition
- Thierry Beaudet, Président du Conseil économique, social et environnemental
- Pierre-Pascal Boulanger, Président-fondateur du Printemps de l’économie
- Marc-Henri Desportes, Président exécutif du Groupe OMNES Education

Photos : Adrien Thibault
Retour de la violence : la fin d’une parenthèse enchantée ?
Intervenant(e)s :
- Sylvie Bermann, Première femme à avoir été élevée à la dignité d’”Ambassadeur de France », Ambassadeur dans trois pays membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations unies : la Chine (2011-2014), le Royaume-Uni (2014-2017) et la Russie (2017-2019)
- Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, Ancien ministre délégué chargé de l’Europe
- Marc-Henri Desportes, Polytechnicien, Président exécutif d’OMNES Education, Ancien directeur général de Worldline
Les intervenants ont dressé le portrait d’un monde marqué par le retour de la brutalité et la fin d’une « parenthèse enchantée » où la paix et le commerce semblaient régir durablement l’Europe. Comme l’ont souligné Thierry Beaudet et Clément Beaune, le droit international s’efface aujourd’hui devant des rapports de force plus violents, imposant à l’Europe de sortir de sa naïveté pour affirmer sa souveraineté industrielle, militaire et numérique. Dans ce paysage géopolitique dominé par des figures de pouvoir imprévisibles et le retour des empires décrit par Madame l’ambassadeur Sylvie Bermann, de nouveaux défis émergent, notamment la course à l’intelligence artificielle. Marc-Henri Desportes rappelle d’ailleurs que la maîtrise de l’IA est devenue un enjeu de domination mondiale, plaçant l’éducation au cœur d’une stratégie de résistance pour permettre aux générations futures de naviguer dans cette complexité. Au-delà des technologies, ce sont aussi les ressources vitales comme l’eau qui, d’ici 2050, pourraient devenir les principaux moteurs de conflits. Cette session inaugurale appelle donc à une Europe proactive, capable de défendre son modèle social et ses valeurs tout en assumant sa puissance. Face à un monde en pleine mutation, l’audace intellectuelle et la formation de citoyens éclairés apparaissent comme les outils fondamentaux pour transformer ces crises en opportunités et bâtir un avenir plus stable.
Butterfly Wars : Quand un battement d’aile sur smartphone fait basculer l’économie mondiale
Intervenant(e)s :
- Caroline Gans-Combe, Professeure associée à l’INSEEC Grande École, OMNES Education
- Le public !
Modératrice : Isabelle Raymond, Cheffe du service Economie&Social, France Info

Photos : Adrien Thibault
Pour cette session, l’hémicycle du CESE s’est transformé en un véritable centre de commandement géopolitique. Sous l’impulsion de Caroline Gans-Combe (INSEEC Grande Ecole, OMNES Education) qui a créé le jeu, des centaines de participants ont délaissé leur rôle de spectateurs pour devenir les acteurs de sa simulation stratégique inédite : Butterfly Wars. L’objectif ? Rendre l’économie vivante et citoyenne par l’expérience directe. Répartis sur six planètes aux profils variés, de la résiliente Terra à l’imprévisible Eagle, des centaines de « citoyens-joueurs » ont piloté leur destin via smartphone. Durant douze tours intenses, chacun a dû trancher : coopérer, taxer ou saboter.
L’effet papillon est devenu concret : une décision individuelle pour un gain immédiat peut déstabiliser tout le système, illustrant comment l’instabilité politique génère un coût économique global.
Intérêt individuel vs destin collectif
La simulation a révélé un paradoxe clé : les meilleurs scores individuels ne garantissaient pas la victoire de leur nation. Cette déconnexion entre micro et macroéconomie confirme que « la somme des intérêts individuels ne garantit pas l’intérêt général ». Les participants ont ainsi vécu des concepts théoriques comme le dilemme du prisonnier (la peur de la trahison), l’équilibre de Nash ou la tragédie des communs.
Du conflit à la coopération
L’expérience a montré une évolution fascinante : après une phase de taxes et de blocus pour tester leur puissance, les joueurs ont fini par privilégier les alliances. La démonstration est claire : la création de valeur (jeu à somme positive) surpasse toujours la simple redistribution forcée (jeu à somme nulle) sur le long terme.
Butterfly Wars prouve donc que l’immersion reste le meilleur outil pour décrypter la complexité du monde. En transformant la théorie en intuition vécue, cette session donne aux jeunes générations les clés pour analyser et, demain, façonner un avenir plus stable.
Le procès de l’IA : vers un monde sans professeurs ni étudiants ?
Intervenant(e)s :
- La Cour
- Nicolas Arpagian, le Juge, Vice-Président en charge de la Stratégie de Jizô AI, Chroniqueur chez France Info et Les Echos
- Caroline Gans-Combe, l’Avocate de l’accusation, Enseignante-chercheuse en IA, Data, Ethique et Économie, INSEEC Grande Ecole
- Olivier Guyottot, l’Avocat de la défense, Enseignant-chercheur en stratégie et sciences politiques, spécialiste de l’Enseignement Supérieur en économie et gestion, INSEEC Grande École
- Les Témoins :
- Aurélien Louvet, Avocat associé, Capstan Avocats
- Grégoire Manevy, Etudiant en dernière année de master de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, Université de Lille
- L’Accusée :
- L’Intelligence Artificielle
- Le Jury :
- Le public ! Vote en direct via une application interactive



Photos : Adrien Thibault
L’hémicycle s’est métamorphosé en tribunal lors de cette session imaginée par Catherine Kuszla, Professeure des Universités et Dean Recherche et Faculté OMNES Education. L’accusée ? L’Intelligence Artificielle générative. Le grief ? Une intrusion brutale dans l’enseignement supérieur qui menace de rendre obsolètes les acteurs traditionnels du savoir. À travers ce procès fictif, c’est l’avenir même de notre modèle d’apprentissage qui a été disséqué.
Le réquisitoire : la « séquestration » du savoir
Pour l’accusation, portée par Caroline Gans-Combe, l’IA ne se contente pas d’aider : elle « séquestre le processus cognitif ». En offrant une dissertation parfaite en quinze secondes à trois heures du matin, elle rend l’effort facultatif. Or, la science de l’apprentissage repose sur la difficulté, l’erreur et la répétition. En déléguant notre pensée à des algorithmes indifférents et culturellement biaisés, nous risquons de devenir de simples consommateurs de statistiques, incapables de conceptualiser par nous-mêmes. L’IA nous volerait ainsi ce qui nous définit : notre capacité à l’effort intellectuel et notre discernement face à la complexité du monde.
La défense : l’IA comme « tracteur intellectuel »
À l’inverse, la défense a dénoncé un procès d’intention, rappelant que chaque révolution technique — de la calculatrice à Internet — a suscité les mêmes craintes. Pour Olivier Guyottot et le témoin étudiant Grégoire Manevy, l’IA est un « tuteur à la patience infinie ». Elle ne remplace pas le professeur, mais le libère des tâches ingrates pour en faire un architecte de la connaissance. En automatisant la forme, l’IA permet à l’étudiant de se concentrer sur le fond. Elle devient un levier d’égalité, offrant un accompagnement personnalisé à ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir des cours particuliers.
Le verdict : l’urgence d’une nouvelle littératie
Le monde de l’entreprise, témoin clé de l’audience, a rappelé une réalité pragmatique : le diplôme ne peut plus être une simple preuve de stockage d’informations. Puisque l’IA possède déjà la connaissance mondiale, la valeur ajoutée humaine se déplace vers les soft skills : l’esprit critique, l’éthique et la capacité à piloter la machine.
Le verdict final, rendu par un jury-public partagé, souligne que l’IA est par nature agnostique. Elle n’est ni bonne ni mauvaise ; elle est le reflet de notre usage.
Le jugement est sans appel : on ne gagne pas contre un algorithme, on gagne avec lui. L’enjeu de demain n’est pas de savoir si nous utiliserons l’IA, mais si nous serons assez formés pour ne jamais lui céder notre autonomie de pensée.
Les guerres de la tech : Économie, régulation et géopolitique de l’algorithme et de la data
Intervenant(e)s :
- Fabrice Epelboin, Entrepreneur, Expert digital, Cocréateur du podcast « Les Éclaireurs du Numérique »
- Alexandra Iteanu, Avocate au barreau de Paris, spécialiste cybersécurité data et IA, intervenante à l’Université de la Sorbonne
- Philippe Latombe, Député de la 1ère circonscription de Vendée, Vice-Président du groupe d’études « Économie, sécurité et souveraineté numériques »
- Frédéric Marty, Économiste, Directeur de recherche CNRS, GREDEG UMR 7321, spécialiste droit et économie de la concurrence
- Julien Pillot, Économiste, Enseignant-Chercheur INSEEC Grande Ecole, OMNES Education
- Modérateur : Damien Douani, Explorateur digital, Entrepreneur, Cocréateur du podcast « Les Éclaireurs du Numérique »
Le numérique n’est pas qu’un outil de productivité ou de divertissement c’est aussi le nouveau champ de bataille de la souveraineté mondiale. Lors de cette session élaborée par Julien Pillot, enseignant-chercheur INSEEC Grande Ecole, experts et politiques ont dressé un constat sans concession : l’Europe subit une forme de colonisation technologique dont elle peine à s’extraire.
L’économie de la dépendance : une facture à 265 milliards
Le premier front de cette guerre est financier. Chaque année, l’Europe transfère environ 265 milliards d’euros vers les États-Unis pour l’usage de services Cloud. Pour l’économiste Julien Pillot et le député Philippe Latombe, ce chiffre est le prix de notre « vassalisation ».
En finançant des infrastructures physiques (fibre, 5G) sans posséder les services qui y circulent, nous sommes devenus les « super-clients » de puissances étrangères. Fabrice Epelboin compare cette situation à une extraction de matières premières : nos données personnelles sont exfiltrées pour générer de la richesse ailleurs, tandis que les coûts de sortie de ces outils (le switching cost) nous rendent captifs de géants comme Microsoft ou Google.
Algorithmes et Soft Power : La bataille des esprits et des cerveaux
En matière de Soft Power aujourd’hui, la tech est le « nouveau Hollywood », comme le rappelle Julien Pillot. Les algorithmes ne se contentent plus de classer l’information, ils exportent des visions du monde, des valeurs et des courants culturels. Sans réseaux sociaux d’envergure, l’Europe est désarmée face au Sharp Power étranger.
L’économiste Frédéric Marty apporte un éclairage crucial sur cette domination par les standards. Selon lui, la maîtrise technique est indissociable du pouvoir d’influence : « Le contrôle des réseaux permet de jouer sur les normes… celui qui contrôle la norme, en fin de compte, contrôle le réseau. » Cette « guerre des standards » n’est pas seulement technique, elle est idéologique. Frédéric Marty explique que les décisions de modération prises par une plateforme américaine ont un impact immédiat sur le débat public à l’étranger. Julien Pillot souligne qu’en l’absence de solutions locales, ce sont les valeurs et les biais algorithmiques de la Silicon Valley qui « matrixent » les cerveaux et défient la souveraineté des États.
La norme : un bouclier européen à double tranchant
Pour contre-attaquer, l’Europe mise sur la régulation (RGPD, Data Act, AI Act). L’avocate Alexandra Iteanu rappelle une vérité juridique : sans loi européenne, ce sont les conditions générales d’utilisation (CGU) des GAFAM qui font office de code civil.
Cependant, cette stratégie défensive a ses limites. Nos normes sont parfois utilisées comme armes commerciales par nos adversaires, entraînant des menaces de droits de douane en représailles. Le verdict des experts est unanime : la régulation ne suffira pas. Pour ne pas rester les locataires permanents d’un futur conçu aux États-Unis ou en Chine, l’Europe doit impérativement passer à l’offensive industrielle et imposer la préférence européenne dans sa commande publique.



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